Petit-déjeuner design #12

Virgile Leclercq et Florian Guillanton

29 octobre 2021 à 9:30

CtrlS est une agence de design et d’innovation spécialisée dans le numérique responsable. Romane Clément, Florian Guillanton, Valentin Leblanc et Virgile Leclerc se sont rencontrés à SciencePo durant leur master en Innovation et Transformation Numérique. Quatre profils hybrides et complémentaires liant sensibilités technique, humaine et business au service de pratiques de design plus respectueuses des humains et des communautés, de la stabilité sociale et des limites planétaires.

C’est en souhaitant sensibiliser à l’impact numérique que leurs travaux commencent en 2019. Si envoyer un mail ou utiliser un moteur de recherche sont devenus des gestes du quotidien, ces actes en apparence anodins consomment en réalité des quantités impressionnantes d’énergie. Visionner 30 minutes sur Netflix ? C’est l’équivalent de 1,6kg de C02. Un paiement en Bitcoin ? 90km en Smart électrique.

Et avec l’avènement et la multiplication des objets connectés, cet impact du numérique sur l’environnement n’est pas prêt de s’essouffler. Ces objets, comme les smartphones, sont d’ailleurs particulièrement gourmands en métaux rares… Dont l’extraction représente déjà 80% des impacts environnementaux du numérique. Si aujourd’hui tout est numérique, le Numérique Responsable n’est tout autre que l’innovation responsable au sens large !

Si la conception de produits numériques touche à d’autres échelles des enjeux environnementaux que nous connaissons déjà : la consommation de ressources abiotiques, la consommation de l’eau ou la préservation de la biodiversité, elle a créé de nouveaux défis notamment sociaux comme le respect des expériences utilisateur et la préservation de l’attention cognitive sur lesquels il est primordial de limiter l’impact.

Ce qui est valable dans les autres secteurs d’activité l’est aussi pour le numérique, malgré la sémantique très éthérée (cloud, sans-fil, dématérialisation, virtuel…) qui y est associée. Peu importe le type de projet et son objectif, produire revient à polluer. Il s’agit donc pour les équipes de conception de faire attention à deux choses : l’objectif d’un projet qui implique la production d’artefacts ou l’utilisation d’artefacts existants, et comment ce ou ces artefacts sont conçus et utilisés pour parvenir à cet objectif (les moyens sont aussi importants que la fin).

Dans leurs travaux, l’équipe de CtrlS s’attache à mettre un point d’honneur sur deux critères encore beaucoup trop dans l’angle mort des concepteurs : les externalités négatives et les effets rebonds associés au projet et induits par celui-ci. Il faut sortir des méthodologies « design thinking » et « user centric » et s’imposer de trouver le bon positionnement entre limites planétaires et minimas sociaux pour chaque projet.

Une de leurs missions a été d’accompagner EPSON dans l’exploitation des potentiels de valeur du recyclage du papier au niveau local pour leurs entreprises partenaires tout en intégrant une approche de développement durable.

Après de longues recherches sur les opportunités de recyclage dans différents secteurs de l’industrie traduites en data visualisations didactiques, ils ont proposé une série de scénarios soumis à une matrice multi critères.

Une matrice multicritère impose un certain nombre d’indicateurs définis avec le client pour voir quels sont les grands sujets sur lesquels il ne peut pas transiger lors d’un projet. Cela peut être des critères environnementaux comme la production de déchets ou des critères plus sociaux comme la création d’emploi.

Les scénarios seront alors l’illustration du champ d’innovation qui s’offre à eux en fonction des curseurs placés sur ces critères. Entre le scénario le moins souhaitable et un scénario utopique, un grand nombre de possibilités s’offrent au client. En parallèle de ce travail, l’analyse du cycle de vie de la machine permet d’observer dans quel scénario les coûts environnementaux de la production de la machine peuvent être amortis par le rendement lors de son usage et ainsi accompagner à la prise de décision.

L’objectif de CtrlS est de faire prendre conscience aux entreprises qui souhaitent se lancer dans une transition écologique des effets négatifs des technologies numériques en remettant en cause le lourd bagage d’imaginaires du « green digital » et de la « green tech ».

Ainsi dans leur solution finale, l’équipe de CtrlS à proposé le papier comme une alternative au numérique. Une alternative papier est parfois énergétiquement et environnementalement plus bénéfique qu’une solution numérique. Il est alors important de maîtriser son mix numérique. Grâce à des études (malheureusement pas assez nombreuses) une recommandation fine des usages peut-être proposée. Lorsque la lecture d’un mail est préférable sur ordinateur, il est plus responsable d’imprimer une présentation de plus de 20 pages qui aurait pour but d’être partagé à un grand nombre de collaborateurs. Un marché s’ouvre alors pour EPSON afin de contrer les stratégies « tout numérique » de certaines entreprises qui souhaiteraient limiter leur impact et de proposer la réappropriation de sa balance entre print et numérique.

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